Si vous traînez sur les forums et les groupes de collectionneurs comme nous, vous l’avez senti passer. Il y a encore deux ou trois ans, quand quelqu’un demandait ce que valait une carte, on regardait Cardmarket et le sujet était clos. Aujourd’hui, la moitié des réponses arrivent en dollars, avec une capture de TCGplayer ou un numéro de certification PSA.
Ce n’est pas une impression. Le marché des cartes Pokémon aux États-Unis a changé d’échelle en deux ans, et il est en train de devenir le thermomètre du reste du monde. On a passé la question au crible avec les chiffres officiels disponibles en septembre 2026. Voilà ce qu’ils disent vraiment, et surtout ce que ça change pour vous, en France.
L’essentiel en trente secondes
- L’Amérique du Nord pèse environ 3,66 milliards de dollars de dépenses en cartes à collectionner, contre 1,45 milliard pour toute l’Europe en 2026. Un rapport de un à deux et demi.
- La cote mondiale se fixe désormais sur un standard américain : 51 % de la valeur de toutes les ventes suivies passe par un boîtier PSA, et PSA a gradé 2,5 millions de cartes sur le seul mois de juin 2026, en hausse de 74 % sur un an.
- Signe qui ne trompe pas : PSA a ouvert son premier centre européen à Francfort à l’été 2026. C’est le référentiel américain qui vient s’installer chez nous, et pas l’inverse.
- Résultat concret : sur beaucoup de cartes, surtout en vintage, les prix américains sont sensiblement plus hauts que les prix européens. Des revendeurs achètent en Europe pour revendre aux États-Unis.
- La France garde deux vrais atouts : la rareté des tirages en français, et une adoption record du live selling (+888 % de vendeurs en un an, la plus forte progression d’Europe).
Le marché américain est-il vraiment plus gros que le marché européen ?
Oui, et l’écart se creuse. Le marché européen des jeux de cartes à collectionner est estimé à 1,34 milliard de dollars en 2025 et 1,45 milliard en 2026, avec une croissance annuelle d’environ 7,2 %. De l’autre côté de l’Atlantique, les seules dépenses en cartes à collectionner sont évaluées à 3,66 milliards de dollars pour 2025, soit à peu près les deux tiers de tout le marché nord-américain du jeu.
Mais le chiffre le plus parlant n’est pas la taille, c’est la vitesse. Aux États-Unis, la catégorie « objets de collection » a progressé de 34 % en valeur sur la seule année 2025 d’après le panéliste Circana, et les cartes ont représenté 67 % de toute la croissance de l’industrie du jouet américaine. Autrement dit : quand le jouet américain a gagné de l’argent en 2025, c’est aux deux tiers grâce aux cartes.
Et ce n’est plus un marché d’enfants. Toujours selon Circana, 19 % des adultes américains ont acheté des cartes Pokémon pour eux-mêmes sur une période de six mois, et seul un quart d’entre eux joue réellement au jeu. Les autres collectionnent, exposent ou revendent.
Dernier indice sur le centre de gravité : l’application de suivi de collection Collectr, qui revendique une dizaine de millions d’utilisateurs, estime que près de 67 % de sa base de collectionneurs se trouve aux États-Unis.
Pourquoi dit-on que la cote se fixe aux États-Unis ?
Parce que c’est la gradation qui fait le prix, et que la gradation est massivement américaine. Une carte brute se négocie à la tête du vendeur. Une carte dans un boîtier scellé et noté se négocie sur un barème, et ce barème est celui de PSA, société californienne.
Les volumes donnent le vertige. En 2025, 26,8 millions de cartes ont été gradées dans le monde, en hausse de 32 % sur un an, dont 19,26 millions chez PSA à elle seule. Les cartes Pokémon représentent 16,1 millions de ce total. Et 2026 est allé beaucoup plus vite encore : sur le seul mois de juin 2026, PSA a gradé 2,5 millions de cartes, soit 74 % de plus qu’un an plus tôt, dont 71 % de jeux de cartes à collectionner. Toute l’industrie de la gradation confondue, on était à 3,5 millions de cartes sur ce mois-là.
Pour donner une idée du basculement sur cinq ans : PSA traitait environ 130 000 demandes par mois en 2021. En août 2026, la société en a traité plus de 1,3 million, soit dix fois plus, d’après les chiffres relevés par le Financial Times. La file d’attente a d’ailleurs atteint 14 millions d’objets en juin 2026, ce qui a obligé PSA à suspendre temporairement son offre d’entrée de gamme.
Conséquence directe sur la cote : d’après le rapport semestriel de Collectr, PSA représente 85 % du segment gradé et 51 % de la valeur de toutes les ventes suivies. Une carte « vaut » aujourd’hui, en grande partie, ce que vaut son slab PSA. C’est là que se trouve la référence, et elle est américaine.
Qu’est-ce que l’arrivée de PSA à Francfort change vraiment ?
C’est le signal le plus clair de tout le dossier. PSA a annoncé l’ouverture de son premier centre de gradation à grande échelle en Europe, à Francfort, à l’été 2026, dirigé par Matthias Peuckert et avec plus de 100 recrutements prévus. La société avance la croissance rapide de la communauté européenne de collectionneurs et la position logistique de Francfort.
Pour vous, si vous gradez depuis la France, c’est une très bonne nouvelle. Jusque-là, faire noter une carte chez PSA voulait dire un aller-retour transatlantique à une centaine d’euros de transport, plusieurs semaines d’acheminement, et surtout la TVA à l’import au retour : sur un Dracaufeu déclaré à 1 000 €, cela pouvait signifier environ 200 € de facture surprise à la livraison. Un centre européen supprime cette ligne et raccourcit les délais de plusieurs semaines.
Mais il faut lire le mouvement pour ce qu’il est. C’est le standard américain qui vient s’installer en Europe. Aucune maison de gradation française ou européenne n’a fait le chemin inverse en ouvrant un centre aux États-Unis. Ça ne retire rien à la qualité du travail des acteurs français, que nous apprécions et que nous avons comparés en détail dans notre guide pour choisir sa société de gradation. Mais sur la question précise de savoir qui tient le mètre-étalon, la réponse a changé de continent.
Pourquoi les mêmes cartes sont-elles moins chères en France qu’aux États-Unis ?
Il y a d’abord deux places de marché qui ne se parlent pas. L’Europe achète et vend sur Cardmarket, plateforme allemande, en euros. L’Amérique du Nord achète et vend sur TCGplayer, en dollars. Deux bassins de vendeurs, deux niveaux de demande, deux historiques de prix. Une conversion de devise ne suffit pas à en faire un seul marché.
Ensuite, les frais ne sont pas du tout les mêmes. Un vendeur paie environ 5 % de commission sur Cardmarket, plafonnés à 5 € au-delà de 100 € de transaction, contre environ 12,5 % tout compris sur TCGplayer. Un vendeur américain doit donc afficher plus cher pour sortir la même marge nette.
Ajoutez le change. En 2026, l’euro s’est échangé en moyenne à 1,1620 dollar, avec un plus haut à 1,2019 le 27 janvier et un plus bas à 1,1356 le 24 juin, soit une baisse de 2,55 % sur l’année. Un dollar qui se renforce, c’est un acheteur américain qui a mécaniquement plus de pouvoir d’achat sur les annonces européennes.
Résultat : sur le vintage en particulier, les revendeurs qui font ce métier rapportent des écarts réguliers de 30 à 60 % entre une annonce Cardmarket et la médiane TCGplayer pour une carte équivalente en état Near Mint. Des lots entiers partent d’Europe vers les États-Unis pour être revendus là-bas. Attention toutefois : ces écarts viennent de revendeurs, pas d’une statistique officielle, et ils se sont resserrés depuis que les États-Unis ont supprimé leur franchise douanière de 800 dollars, le 29 août 2025. Des droits de douane s’appliquent désormais à des envois qui passaient avant sans frais. L’arbitrage existe toujours, il est simplement moins automatique qu’avant.
Où sont imprimées les cartes Pokémon françaises ?
Aux États-Unis. C’est le point que beaucoup de collectionneurs ignorent, et il explique une bonne partie du reste. L’imprimeur principal des cartes Pokémon occidentales est Millennium Print Group, filiale de The Pokémon Company International, installée en Caroline du Nord. Les boosters en français que vous achetez en grande surface sortent de presses américaines.
Les volumes sont hallucinants et expliquent la tension permanente : environ 10 milliards de cartes ont été imprimées entre mars 2025 et mars 2026, pour un cumul de plus de 85 milliards depuis 1996 — dont à peu près la moitié sur les quatre dernières années seulement. The Pokémon Company a confirmé début 2025 que ses imprimeries tournaient à capacité maximale. Un nouveau campus de 1,27 million de pieds carrés est en construction à Morrisville, en Caroline du Nord, mais il n’entrera en service qu’à la fin 2028.
Et pendant que la capacité est saturée, il faut bien arbitrer. Les observateurs du marché européen notent que les allocations en français, en italien et en allemand ont souvent été insuffisantes sur les sets récents, ce qui provoque des flambées sur le marché secondaire local. On l’a vu très concrètement sur les sorties du 30e anniversaire : nous avons raconté pourquoi les scalpers se sont plantés sur l’extension 30 ans et où trouver le coffret 30 ans au bon prix.
Est-ce que la France a encore une carte à jouer ?
Oui, et sur deux terrains précis.
Premier atout : la rareté linguistique. Les tirages en français, en italien et en allemand sont bien plus faibles que les tirages anglais ou japonais. Conséquence : une carte française en PSA 10 dépasse fréquemment la valeur de son équivalente anglaise dans le même état. Contrepartie honnête, la liquidité est plus lente : l’anglais se vend partout dans le monde en quelques heures, le français demande de trouver le bon acheteur. Si vous collectionnez en français et que vous visez le long terme, c’est plutôt une bonne nouvelle. Si vous voulez vendre vite, c’est un frein.
Deuxième atout : on rattrape très vite sur les usages. Le live selling, ces ventes en direct où un vendeur ouvre des boosters à l’écran, est né aux États-Unis. La plateforme Whatnot a réalisé 8 milliards de dollars de volume d’affaires en 2025, soit plus du double de 2024. Et devinez quel pays européen progresse le plus vite : la France, avec +888 % de vendeurs en un an, contre +600 % pour l’Europe dans son ensemble. On n’est pas spectateurs, on adopte les nouveaux formats à toute vitesse.
À cela s’ajoute un écosystème français qui s’est structuré : des concessionnaires agréés permettent aujourd’hui de faire grader chez PSA depuis la France sans se battre avec la douane, et Asmodee, distributeur français des cartes Pokémon, a réalisé 1,684 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2025-2026, en hausse de 23 %, dont environ 60 % grâce aux jeux de cartes à collectionner.
Qu’est-ce que ça change concrètement pour vous, en France ?
Cinq réflexes à prendre, et ils sont simples.
- Regardez les deux marchés avant de vendre. Cardmarket vous donne le prix européen, TCGplayer et les ventes conclues sur eBay US vous donnent le prix mondial. Si l’écart est énorme, ce n’est pas votre carte qui vaut plus, c’est votre marché qui est en retard — et ça se rattrape souvent en quelques mois.
- Ne bradez pas une belle carte parce que la cote française est basse. C’est exactement le moment où des acheteurs professionnels font leurs courses en Europe.
- Si vous gradez, pensez à la revente internationale. Un boîtier reconnu partout se vend plus vite et plus cher hors de France. Ce n’est pas un jugement de valeur sur les maisons françaises, c’est une question de liquidité.
- Gardez vos cartes françaises en très bel état. C’est le seul actif que les Américains ne peuvent pas fabriquer : ils n’ont pas nos tirages.
- Méfiez-vous des contrefaçons, elles suivent l’argent. PSA a intercepté plus de 200 millions de dollars de contrefaçons en 2025, avec des soumissions frauduleuses en hausse de 45 % — et de 125 % sur le seul Pokémon.
Faut-il vendre ses cartes aux États-Unis ?
Pour une carte isolée à 30 €, clairement non : entre le transport suivi, les frais de plateforme et le risque de litige, il ne reste rien. Ça ne commence à se discuter qu’à partir de plusieurs centaines d’euros, et encore, à condition d’accepter les délais et la paperasse douanière.
Il y a aussi un point que beaucoup découvrent trop tard : la fiscalité française. Une vente d’objets mobiliers inférieure à 5 000 € est exonérée, et le seuil s’apprécie vente par vente. Au-delà, la plus-value est taxée à 36,2 % (19 % d’impôt plus 17,2 % de prélèvements sociaux), à déclarer via le formulaire 2048-M-SD dans le mois qui suit la cession, avec un abattement de 6 % par an à partir de la sixième année de détention et une exonération totale au bout de 22 ans. Et si vous revendez régulièrement, l’administration peut vous requalifier en professionnel. Nous ne sommes pas conseillers fiscaux : si vous vendez une grosse pièce, parlez-en à votre comptable.
Les chiffres à retenir
| Indicateur | Chiffre | Période |
|---|---|---|
| Marché européen des TCG | 1,45 milliard de dollars | 2026 |
| Dépenses TCG en Amérique du Nord | 3,66 milliards de dollars | 2025 |
| Croissance de la catégorie collection aux USA | +34 % en valeur | 2025 |
| Cartes gradées dans le monde | 26,8 millions (+32 %) | 2025 |
| Cartes gradées par PSA en un mois | 2,5 millions (+74 %) | juin 2026 |
| Part de la valeur des ventes passant par un slab PSA | 51 % | 1er semestre 2026 |
| Cartes Pokémon imprimées | environ 10 milliards | mars 2025 à mars 2026 |
| Progression des vendeurs Whatnot en France | +888 % | 2025 |
| Record mondial pour une carte (Pikachu Illustrator PSA 10) | 16 492 000 dollars | février 2026 |
| Chiffre d’affaires The Pokémon Company | environ 3,3 milliards de dollars (+29,3 %) | exercice clos le 28/02/2026 |
Notre lecture, depuis nos distributeurs
Nous voyons passer beaucoup de monde devant nos machines, et la bascule se lit aussi dans les questions qu’on nous pose. Il y a deux ans, on nous demandait quelle carte était belle. Aujourd’hui on nous demande combien elle vaut, et souvent la personne a déjà regardé une cote américaine sur son téléphone.
Ce n’est ni bon ni mauvais en soi. Ça veut simplement dire que la collection est devenue un marché mondial, avec un seul thermomètre, et que ce thermomètre est posé de l’autre côté de l’Atlantique. Pour nous en France, ça oblige à être plus informé — et ça donne aussi un avantage rare si on sait ce qu’on a entre les mains. Une carte française en parfait état, c’est un objet que le marché américain ne peut pas produire.
Si vous avez une collection qui dort et que vous voulez savoir ce qu’elle vaut réellement, nous rachetons du scellé et des cartes Pokémon à l’unité, et nous regardons les deux marchés avant de faire une offre. Et si vous voulez simplement ouvrir des boosters, tous nos distributeurs sont référencés sur la carte.
Questions fréquentes
Les cartes Pokémon sont-elles plus chères aux États-Unis qu’en France ?
Sur une grande partie du catalogue, oui, en particulier sur le vintage et les cartes gradées. Les revendeurs spécialisés relèvent couramment des écarts de 30 à 60 % entre une annonce Cardmarket en euros et la médiane TCGplayer en dollars pour une carte équivalente. Trois raisons : une demande américaine beaucoup plus forte, des frais de vente plus élevés sur TCGplayer (environ 12,5 % contre 5 % sur Cardmarket) et un dollar qui s’est renforcé en 2026.
Pourquoi PSA ouvre-t-elle un centre en Europe ?
Parce que la demande européenne de gradation explose et que PSA ne voulait plus la traiter depuis la Californie. Le centre de Francfort a ouvert à l’été 2026 avec plus de 100 recrutements. Pour les collectionneurs européens, cela supprime le transport transatlantique et la TVA à l’import au retour, et réduit les délais de plusieurs semaines.
Une carte Pokémon en français vaut-elle moins qu’en anglais ?
Pas nécessairement, et c’est souvent l’inverse en haut de gamme. Les tirages français sont bien plus faibles que les tirages anglais, si bien qu’une carte française en PSA 10 dépasse fréquemment son équivalente anglaise. En revanche, la carte anglaise se vend plus vite parce qu’elle s’adresse au monde entier.
Où sont fabriquées les cartes Pokémon vendues en France ?
Aux États-Unis. L’imprimeur principal des cartes Pokémon occidentales est Millennium Print Group, filiale de The Pokémon Company International, basée en Caroline du Nord. Environ 10 milliards de cartes ont été imprimées entre mars 2025 et mars 2026, et les presses tournent à capacité maximale ; un nouveau site doit entrer en service fin 2028.
Faut-il vendre ses cartes aux acheteurs américains ?
Cela ne devient intéressant qu’à partir de plusieurs centaines d’euros, une fois pris en compte le transport suivi, les frais de plateforme, le risque de litige et les droits de douane américains — les États-Unis ayant supprimé leur franchise de 800 dollars le 29 août 2025. En dessous, mieux vaut vendre en Europe. Côté fiscalité française, une vente inférieure à 5 000 € est exonérée ; au-delà, la plus-value est taxée à 36,2 %.
Sources : GemRate, Circana, Collectr (State of the TCG Hobby, 1er semestre 2026), PSA, GMInsights, The Pokémon Company, rapport Whatnot 2026, Financial Times, BOFIP et economie.gouv.fr. Chiffres arrêtés en septembre 2026.

